jeudi 5 mai 2011

Guider le regard, disent-ils

... d'accord, mais lequel ? Le vôtre, le mien ? Fonctionnent-ils pareil ? Des règles de composition existent, supposées universelles. Sauf qu'elles ne tiennent pas compte d'où provient la lumière. La règle des trois tiers par exemple énonce les proportions de façon absurde, comme s'il s'agissait de trancher en trois parties égales un rectangle plat, en deux dimensions. Aucune considération pour le sujet de la photo, ni pour le processus même que représente la photographie. On ne le répètera jamais assez... photographie : écrire avec la lumière.

Si je ne cherche pas à savoir où est la lumière, il n'y a pas de photo. Si j'arrête de me battre contre la lumière, je peux commencer à composer avec la lumière.

Konica IIIM, Konishiroku Hexanon 50mm f/1.8
Kodak Tri-X & Ilford Ilfotec LC29

Les règles de composition c'est bien, et chacun y va de son bon conseil. Lisez ceux de Ronis, de Cartier-Bresson et vous ne serez pas plus bête après qu'avant, forcément. Mais les règles qu'on apprend ne valent que sur deux dimensions, celles du papier photo ou de l'écran, alors qu'il y en a trois sur le négatif, comme dans la vraie vie. La lumière sculpte les volumes, elle sculpte les grains d'argent aussi. Et photographier la troisième dimension, ce n'est pas une mince affaire.


Minolta CLE, Canon 50mm f/1.4 LTM
Kodak Tri-X & Ilford Ilfotec LC29

Et puis il y a la quatrième dimension : celle du temps qui passe. Une photo prise au 1/125è de seconde dit bien plus que n'importe quel 1/125è de seconde dans la vraie vie. Pourquoi ? Parce que notre conscience ne fige pas la vraie vie : elle est dans le mouvement, elle se fait un film. La photo saisit, arrête, capte ; puis elle retranscrit en simultané.

Comment faire apparaître les quatre dimensions dans mes photos ? Je ne sais pas. Et quand je crois que je sais, je me souviens que je crois et je ne sais plus.


Konica IIIM, Konishiroku Hexanon 50mm f/1.8
Kodak Tri-X & Ilford Ilfotec LC29

5 commentaires:

Benjamin a dit…

Les tiers sont rassurants mais il est clair qu'il faut s'en affranchir pour mieux y revenir plus tard.

Bienvu le coup de la dimension temporelle ... j'aime beaucoup l'approche.

Nicolas a dit…

La règle des tiers n'étaient qu'un exemple mais je pense qu'en terme de composition on a encore beaucoup à apprendre. Trop peu de photographes s'intéressent à la peinture, par exemple. Trop peu analysent les images actuelles et leurs formats. Je ne vaux pas mieux, mais je cherche quand même à apprendre.
Merci pour ton commentaire. ;)

Denis G. a dit…

Tes textes sont très beaux ainsi que les images (je suis toujours aussi jaloux de ta netteté, mes derniers 24*36 scannés sont flous :( ).
C'est marrant d'ailleurs que tu illustres un texte préconisant de briser les règles avec des images "picturales", qui illustrent plutôt ta phrase sur la composition en peinture.

La règle des tiers est effectivement rebachée de partout, elle est cependant aussi appliquée en peinture et elle en est issue. Il y a d'autres règles qui commencent à essaimer. En portrait en particulier, les photographes s'inspirent de la peinture avec en particulier le triangle de Rembrandt qui va avec une lumière relativement ponctuelle élevée à environ 45° de la face du modèle.
C'est un "set up" de studio assez classique directement issu de la peinture.

Philippe a dit…

Une discussion de professionnels,je ne me fixerait pas sur la règle des tiers, mais plutôt sur "si je ne cherche pas à savoir ou et la lumière" et "... elle se fait un film..." s'affranchir ces deux points, me semble plus source d'inspiration, si cela était et devait manquer.

Nicolas a dit…

Merci Philippe pour ton commentaire. Discussion de pro ? Ouh la, sûrement pas... d'amateurs, plutôt, dans le sens noble du terme j'espère.

Merci Denis pour me faire voir des choses dans mes photos... que je suis incapable de voir par moi-même.