dimanche 16 juin 2013

Moleskine

Cher journal télémétrique, je te néglige décidément ; mais c'est pas ma faute. Non. Ben oui, non : c'est que pendant que je me tais ici, je noircis soixante et quelques pages sur un cahier Moleskine. Des mots, des dates, des croquis aussi. Des croquis des photos que je ne développe pas, que je ne développe plus.









Clic. Clac. Clic clac Kodak. Je déclenche sans savoir — sans avoir — sans en voir le résultat. 600 photos à Londres, deux rouleaux développés. Pareil à Lourdes, de la couleur : je claque une centaine d'euros au labo mais les négatifs restent là, dans la boîte cartonnée dans laquelle ils m'ont été déposés. Une photo m'a paru pas mal, et encore.



Cher journal télémétrique, chère lectrice cher lecteur, un poème pour toi :

Incertains du cœur
Incertains de l'âme
et des mouvements de l'esprit
Ignorant des fruits de l'ombre
Ignorante du soleil
Insoucieuse insouciant
dormant dans la confidence
de la source de la feuille
de la framboise étourdie
d'une taille de fougère
oublieuse oubliant
le temps le songe écoutant
et parfois n'écoutant plus
Enfants de terre incertaine








Il y a quelque chose que mon Moleskine ne peut pas faire : c'est me permettre de partager les quelques images qui me restent. Alors c'est à ça que tu me sers, mon amour télémétrique.

 Le poème « Ignorante ignorant » est de Henri Bauchau

vendredi 17 mai 2013

Malgré moi ?

« Le poids, c'est la peur. » C'est ce qu'a écrit Jean-Christophe Rufin dans son dernier livre Immortelle randonnée sous-titré "Compostelle malgré moi". Le poids du sac à dos pour celui qui est en chemin, pèlerin ou simple marcheur. Mais aussi tout le poids qu'on prend sur le dos, les affects. Les questions du départ et celles qui restent à l'arrivée : qui suis-je ? pourquoi je fais cela ? qu'est-ce qui est important pour moi ? qui j'aime ? qui m'aime ?

Ça m'a fait sourire d'entendre cela hier soir alors que je retourne à Lourdes, d'ici cinq minutes et pour trois jours. J'ai allégé mon sac photo mais j'ai l'esprit encore encombré : le boulot, les préoccupations du quotidien, le pincement au cœur d'un week-end loin de mes proches... et puis le désir (trop) ardent de faire une bonne photo, un jour.

Quoi qu'il en soit, bon week-end et bonnes photos à tous !

lundi 6 mai 2013

Un dimanche de Pentecôte






Aujourd'hui je suis retourné au centre de Lourdes deux fois, matin et après-midi. Je voulais faire davantage d'images. J'aurais dû faire beaucoup plus de portraits parce que les gens ne disent absolument rien, même les gars un peu intimidants, même les petits vieux, même les religieux ou celles et ceux qui tirent/poussent les chariots.



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Ce soir, une scène burlesque à l'accordéon devant l'hôtel Notre-Dame de France. Le musicien sort et hommes et femmes se mettent à danser sur les marches et sur le trottoir. Des portugais, qui dansaient de façon désordonnée.

J'ai loupé une bonne photo : une religieuse japonaise guidant un groupe vers la basilique, marchant en arrière tout en parlant de sa petite voix discrète dans un micro relié à un ampli miniature qu'elle portait sous le bras. Je prends une photo "au vol" et juste après elle me regarde, me fait un sourire aux yeux pincés et lève une main comme me faire un signe, poing fermé, l'index et le majeur s'ouvrant en "V". Tout ça n'a duré que le temps que je réarme. Ensuite, elle s'en va dans une petite alcôve cachée dans l'entrée de la basilique. Elle ressort pour faire entrer son groupe. Me demande si je suis français ; je dis « oui », elle répète « oui » et d'un air empressé referme la porte derrière elle pour commencer l'office. J'aurais dû m'y inviter : elle était belle comme tout !

Et ce médaillon cassé que j'ai trouvé ce matin, en descendant à pieds dans le soleil...


(Extrait de mes notes du dimanche 27 mai 2012)